| Mission
to Mars Brian de Palma Sélection Officielle Hors compétition
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| Qu'est-ce
qui caractérise le dernier film de Brian De Palma ? Un projet de
commande à très gros budget, une histoire de science-fiction
tout public, des effets spéciaux spectaculaires, bref un blockbuster
américain de plus. Ajoutons à cela l'optimisme simple et délibéré
du propos, et l'on aura décliné à peu près tout
ce qui dissuade le jugement et conduit invariablement à un a priori
méprisant. Rien de moins personnel en apparence que ce type de produit
généralement calibré comme une étude de marché,
mais il faut ici compter avec un réalisateur dont on a encore bien
des difficultés à admettre qu'il n'est pas un simple faiseur
ou un technicien virtuose, mais un auteur véritable, doué
non seulement d'un imaginaire et d'un style propres mais également
de ce qui appara”t comme une conception puissante et singulière
du cinéma et de ses pouvoirs. Il ne s'agit pas ici de faire l'éloge
péremptoire d'un film certes moins abouti que ne l'étaient
Carlito's Way ou Blow Out, mais d'inviter au moins à
un regard sans préjugés sur le travail récent du cinéaste.
On n'aura pas manqué de remarquer que, curieusement, le mot "mission"
figure à l'initiale de deux de ses trois derniers films. Cette coïncidence
anodine semble nous rappeler à quel point De Palma s'inscrit depuis
toujours dans une démarche concertée et opiniâtre de
re-lecture, celle du cinéma classique (Hitchcock avant tout, mais
également Antonioni, Hawks ou Eisenstein) ou celle, plus populaire,
de la série télé (Les Incorruptibles, Mission: Impossible)
et que cette esthétique de l'emprunt n'est assimilable ni à
un culte de la référence cinéphilique gratuite et intransitive,
ni à une vulgaire facilité de plagiaire. Il semble en effet
que chacun de ses films se donne comme le produit d'une réflexion
sur la mise en scène, qui incorporerait les solutions d'abord adoptées
par d'illustres prédécesseurs tout en incluant de nouvelles
propositions esthétiques, dramatiques ou narratives. Chaque film
devient dès lors l'enjeu d'un pari dans lequel on devine chez le
réalisateur un désir manifeste et communicatif, celui du dialogue
infini des récits et des images, à travers des uvres
qui ne revendiquent au demeurant que l'horizon classique du plaisir immédiat. Mission to Mars renvoie plus ou moins directement au cinéma de science-fiction des années |
cinquante
(Danger planète interdite de Fred McLeod, Le jour où
la Terre s'arrêta de Robert Wise), son propos s'inscrivant délibérément
dans la lignée de ces films au discours volontiers humaniste. Installé
dans ce topo avec un évident respect, De Palma s'attache naturellement
à le revisiter. Que le message sur l'origine et l'avenir de l'humanité
ici délivré ne soit pas d'une grande originalité,
c'est ce qu'il ne sera pas difficile à faire admettre. Mais le
meilleur du film réside une nouvelle fois dans sa capacité
à traiter quelques scènes clés selon une approche
toujours aussi admirable et innovante. Les péripéties des
astronautes en route vers la planète rouge donnent ainsi lieu à
des moments de cinéma pur, tantôt sur le mode épique
(la tentative de sauvetage d'un des équipiers à la dérive
dans le vide intersidéral), tantôt sur le mode lyrique (Tim
Robbins et Connie Nielsen dansant en apesanteur). Mieux que quiconque,
De Palma sait injecter dans une scène-à-faire la dose d'invention
stylistique et d'intensité dramatique suffisante à la rénover.
A croire quelquefois que l'objectif qu'il se propose consiste uniquement
à conférer à un matériau qu'on croyait épuisé
une énergie inédite et insoupçonnée. Aucun
de ses films ne manque l'occasion de piéger le regard par la dissolution
des repères traditionnellement inscrits dans le cadre, de faire
éprouver quasi-physiquement au spectateur un espace toujours marqué
par le péril, soit en l'amenant à s'égarer (la Prague
nocturne du début de Mission:Impossible), soit en l'installant
dans un décor rationnel, géométrique et jalonné
(l'Arena de Snake Eyes). Ainsi, en rendant hommage à Kubrick et
à la fameuse station orbitale en forme de roue de 2001, Odyssée
de l'Espace (film-limite s'il en est), il se permet des expérimentations
superbes sur le mouvement des corps délivrés de la gravitation
dans un lieu lui-même libéré des contraintes de la
représentation et de la perspective classiques. Une grande part
du talent de Brian De Palma s'enracine dans cette foi en la richesse inépuisable
du cinéma, et c'est cette foi qui semble lui permettre l'audace
d'une uvre paradoxale, dans laquelle la figure d'un auteur ne se
révèle jamais autant qu'à emprunter le masque des
autres. |
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| 1h53 - Etats-Unis - Scénario et dialogues : Jim Thomas, John Thomas, Graham Yost - Images : Stephen H. Burum - Décor : Ed Verreaux - Musique : Ennio Morricone - Montage : Paul Hirsch - Interprètes : Gary Sinise, Tim Robbins, Connie Nielsen, Don Cheadel, Jerry O'Connell. |