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70 BOUGIES ET 120 BATTEMENTS À L'HONNEUR

Compétition officielle
La 70e anniversaire du Festival de Cannes a eu son lot d’émotions filmiques, en dépit des déceptions de certains observateurs. En ouverture, Les Fantômes d’Ismaël, hors compétition, est apparu comme une synthèse des films antérieurs d’Arnaud Desplechin. Le lendemain, Faute d’amour d’Andrey Zvyagintsev a été un modèle de drame familial et de critique sociale, confirmant l’importance de son auteur. Wonderstruck de Todd Haynes a par contre déçu, par son adaptation académique et sirupeuse d’un récit pourtant prometteur. Si Bong Joon-ho a été fidèle à lui-même avec Okja, qui a surtout fait parler de lui de par la controverse Netflix, Kornél Mundrunczo a dévoilé du grand art avec La Lune de Jupiter, allégorie politique et poétique percutante. Mais le gros choc du Festival eut lieu le samedi, avec l’émotion de 120 battements par minute de Robin Campillo, sur le mouvement Act Up et ses revendications lors des années sida. Accueilli avec moins d’enthousiasme, The Square de Ruben Östlund a brouillé les pistes par son mélange des genres mais confirmé l’originalité de ton de son auteur. Si The Meyerowitz Stories est une agréable comédie faussement représentative du cinéma indépendant américain, Le Redoutable a marqué le grand retour de Michel Hazanavicius qui a retrouvé l’inspiration avec cette évocation du Godard des années Mao. Quant à La Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos, certains n’y ont vu qu’esbroufe, quand d’autres ont admiré l’audace narrative et esthétique du cinéaste. Et c’est un public divisé qui a également accueilli Happy end de Michael Haneke, qui a semblé revenir à une veine plus radicale. Moins ésotérique et jouant davantage la carte des sentiments, Naomi Kawase a proposé le beau Vers la lumière, quand Sofia Coppola avec Les Proies revisitait un classique du cinéma d’action en le greffant à son univers. Austère et vibrant, comme tout le cinéma de Jacques Doillon, Rodin est une œuvre majeure que l’on ne saurait réduire à une commande culturelle. Good Time nous apparaît par contre comme un polar de mode, certes brillant, mais somme toute anodin. On peut lui préférer Une femme douce de Sergei Loznitsa, libre adaptation de Dostoïevski située dans une Russie contemporaine cauchemardesque… Autre brûlot socio-politique, In the Fade de Fatih Akin n’a pas laissé indifférent, de même que L’Amant double de François Ozon, habile étude psychologique sur fond d'érotisme, film sulfureux et référentiel. La compétition s’est achevée avec You Were Never Really Here, exercice de style singulier de Lynne Ramsay, tandis qu’un Roman Polanski en grande forme clôturait hors compétition le Festival avec D’après une histoire vraie, sombre récit d’une manipulation.

Hors compétition et Un Certain Regard
Le documentaire a été à l’honneur avec Visages, villages, d’Agnès Varda et JR, qui ont conquis les festivaliers, de même que Raymond Depardon dont 12 jours reprend le dispositif de ses films judiciaires. Claude Lanzmann (Napalm) et Barbet Schroeder (Le Vénérable W.) ont également présenté leur dernier documentaire, de même que Vanessa Redgrave, Jean-Stéphane Sauvaire ou Eric Caravaca. Du polar coréen à l’honneur en séance de minuit avec Sans pitié de Byun Sung-Hyun à la dernière production déjantée de John Cameron Mitchell, l’éclectisme a été maître. Deux hommages marquants ont honoré Abbas Kiarostami dont 24 Frames est un beau testament visuel ; et André Téchiné dont Nos Années folles est l’un des films les plus maîtrisés. Mais ce sont les projections d’épisodes des séries Twin Peaks de David lynch et Top of the Lake : China Girl de Jane Campion et Ariel Kleiman, qui ont créé le plus gros buzz…
Au Certain Regard, ouvert avec le subtil et musical Barbara de Mathieu Amalric, les talents d’auteur n’ont pas manqué. Des réalisateurs déjà connus comme Kiyoshi Kurosawa (Avant que nous disparaissions), Michel Franco (Les Filles d'avril), Santiago Mitre (El Presidente) ou Laurent Cantet (L’Atelier), ont côtoyé de jeunes artistes prometteurs tels Léonor Serraille (Jeune femme), Mohamad Rasoulof (Lerd), Kantemir Balagov (Une vie à l’étroit) ou Taylor Sheridan (Wind River).

Cannes Classics
Clint Easwood et Alfonso Cuaron ont effectué leur masterclass à Cannes Classics, section qui a permis de (re)découvrir des films majeurs primés au Festival de Cannes, de La Bataille du rail de René Clément au Songe de la lumière de Victor Erice. Un hommage a été rendu à Danielle Darrieux, à l’occasion de son anniversaire, avec la projection en version restaurée de Madame de... de Max Ophuls, lors d’une séance animée par Dominique Besnehard, Pierre Murat et Henri-Jean Servat, qui présenta la dernière interview filmée de la star. D’autres cinéastes ont été à l’honneur, comme Pierre Chenal, Jacques Rozier et Humberto Solas, tandis que des documentaires furent consacrés à Cary Grant, Jean Douchet et autres personnalités du 7e art.

Les sections parallèles
La Quinzaine des Réalisateurs a permis à des cinéastes confirmés de faire découvrir leur dernière œuvre. Ce fut le cas de Claire Denis, dont Un beau soleil intérieur fut projeté en ouverture, de Philippe Garrel, qui éblouit comme à son habitude avec L’Amant d’un jour, de Bruno Dumont, venu présenter Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc, mais aussi de Amos Gitai, Abel Ferrara ou Sharuna Bartas. La nouvelle génération n’a pas démérité, dans des registres divers, de la fantaisie d’auteur de Carine Tardieu (Ôtez-moi d’un doute) au néoréalisme revisité de Jonas Carpignano (A Ciambra), en passant par le film social engagé de Pedro Pinho (L'Usine de rien). Mais l’événement a été sans doute la présentation de The Rider de Chloé Zhao, qui confirme les espoirs qu’on avait placés en elle avec Les Chansons que mes frères m’ont apprises.
La Semaine de la Critique, dédiée aux premiers et seconds longs métrages, a mis en avant les univers de Emmanuel Gras (Makala), Fellipe Gamarano Barbosa (Gabriel e a Monthana), Léa Mysius (Ava) et Thierry de Peretti (Une vie violente), tandis qu’une séance spéciale révélait le touchant Petit paysan de Hubert Charuel, avec Swann Arlaud.
La section ACID a quant à elle confirmé son rôle de révélateur de talents en proposant de diffuser des œuvres aussi diverses que L’Assemblée, documentaire de Mariana Otero sur le mouvement Nuit Debout ; Pour le réconfort, premier long métrage en tant que réalisateur de l’acteur Vincent Macaigne ; ou bien encore Scaffolding, qui marque les début d’un nouvel auteur israélien prometteur, Matan Yair.

Gérard Crespo